Serez-vous toujours racistes en 2017 ?

Évidemment, il s’agit là d’un sujet profond que je n’aurai pas la prétention de traiter dans son intégralité ; et encore moins en une simple publication. J’ai néanmoins le sentiment que, puisque la parole m’est donnée et puisque je peux la prendre, alors ne rien dire à ce sujet serait comme me rendre complice de ces discriminations systématiques et silencieuses qui sont faites à toute une partie de la population.

Qui ne dit mot, consent dit-on. Je ne consens pas, justement, donc j’écris. En 2017, le nouveau racisme est celui de prétendre que le racisme n’existe pas.

Je ne suis sûrement pas le mieux placé pour parler de ces discriminations, moi qui suis blanc et dont le nom de famille me favorise systématiquement sur ces derniers. Mais quand même, en tant que français et en tant que blanc, certaines questions me hantent :

  • Comment accepter ce passé colonial français, si dérangeant, qui me fait si honte, et que certains vont même jusqu’à revendiquer ?
  • Comment ne pas constater qu’il existe encore aujourd’hui ?
  • Comment concevoir que des français mates ou noirs ne bénéficient manifestement pas des mêmes opportunités que moi ?
  • Comment rire des blagues tendancieuses qui s’immiscent dans notre quotidien à grand renfort de clichés racistes, voire esclavagistes ?
  • Comment ?!

Le monde est divisé, la France aussi.

Les exemples de racisme aux États-Unis, en Russie, en Afrique du Sud et ailleurs pullulent. L’immense majorité des acteurs et défenseurs du racisme les plus connus sont étrangers : Jim Crow, Ku Klux Klan, Malcolm X, Nelson Mandela, Martin Luther, etc.

Du coup, on nous renvoie souvent à ces pays pour appuyer la théorie qu’en France, c’est cool.
En France, c’est cool…

Je suis surpris de croiser des gens qui y croient sincèrement. Certes le problème est mondial mais, en dépit de ses campagnes d’affichage, la France est loin de faire exception. Ici, c’est simplement plus sournois, plus profond, plus hypocrite.

Je dirais qu’il y a trois types de racisme, l’un est ordinaire, toléré et souvent inconscient, l’autre est assumé, sordide et parfaitement conscient tandis que le dernier est secret et recouvre des logiques d’intérêts géopolitiques.

Racisme ordinaire, toléré et inconscient

J’appellerai racisme ordinaire et toléré celui qui s’est immiscé dans notre quotidien et auquel on ne prête même plus attention. Non pas qu’il soit tolérable, mais c’est un peu comme s’il était devenu banal, normal … ordinaire donc. C’est ce même racisme sournois qui encourage les “blagues” clichés basées sur des critères physiques, du type :

  • Les noirs ne savent pas conduire,
  • Les antillais sont toujours en retard,
  • Les arabes sont des voleurs,
  • Les asiatiques se ressemblent tous,
  • etc.

Qui n’a pas entendu ce type de phrase :

  • Ah ! tu viens au mariage, c’est cool ça mettra un peu de couleur !
  • Oh du raï c’est de la musique de chez toi ça, vas-y danse !

“Oh mais ce n’est pas raciste, ce sont des blagues ! ”
Ok c’est moi qui suis boring.

Mais existe-t-il le même genre de blagues sur les blancs ?
(Si vous en connaissez, je serais curieux de les connaître)

… pas raciste hein ? … ah bon ?

Le racisme ne passe pas toujours, en termes d’idéologie, par des actes violents. Il peut rentrer d’une manière extrêmement naturelle, presque dans le ludique, dans le jeu, dans le divertissement.
Pascal Blanchard — Historien

Donc, voilà ce qu’on entend. Du racisme à peine maquillé qui se glisse dans les conversations, OPGDC (au plus grand des calmes). Et pire, un racisme qui nourrit nos enfants dès leur plus tendre enfance, à grand renforts de dessins animés orientés et vecteurs de clichés. Plus tard, c’est dans les films que nous serons, sans même nous en rendre compte, exposés à des allusions racistes ; Daniel Radcliffe dénonce d’ailleurs le racisme d’Hollywood.

Ce cumul de clichés et d’a priori, nous amène cependant au triste constat que toute une partie de la population est laissée pour compte et est constamment stigmatisée ; il serait temps d’en prendre conscience parce que ce n’est pas ce type d’affiche qui changera les choses à mon avis.

On assiste donc à une accentuation des clivages, à une exclusion de masse qui entraîne frustrations, inégalités, voire violences. Il y a les gens bien, à qui l’on fait confiance, et il y a les autres, les noirs, les arabes, les banlieusards : exclus, rejetés, stigmatisés.

Ces personnes se retrouvent victimes d’injustices quotidiennes qui, trop souvent, leur ferment toutes les portes et les empêchent de se développer en tant que personne. Nous acceptons tacitement que ces personnes soient privées de leur droit d’aspirer au bonheur. Une récente étude à même montré qu’un candidat d’origine maghrébine a trois fois moins de chance de trouver un logement. Il n’y a qu’à voir cette annonce de l’agence La Foret pour en prendre la mesure, je doute qu’il s’agisse d’un cas isolé malheureusement.

Pour couronner le tout, certains termes péjoratifs et discriminants sont utilisés quotidiennement. Par exemple, j’entends souvent le mot “négro”, notamment dans la musique rap. Les noirs s’appellent “négro” entre eux, les blancs utilisent aussi ce mot, d’une manière extrêmement naturelle, presque ludique, dans le jeu, dans le divertissement.

C’est un terme à la mode, qui est tendance. Mais … doit-on en rappeler l’origine ? Bien sûr que non, pas besoin de le rappeler, on le sait tous.

Et pourtant …

Le racisme assumé, sordide et pratiqué en toute conscience

Le racisme inconscient laisse la porte ouverte aux pratiques plus grotesques. C’est en effet ce même racisme toléré qui nous offre aux présidentielles de 2017 des candidats tel que Henri de Lesquen sans que cela ne choque personne. Vous ne connaissez pas cet homme, polytechnicien et énarque, dirigeant de Radio Courtoisie ?

Et bien figurez-vous qu’en dépit de ce parcours prestigieux il est … comment dire … il est … enfin non, je vous laisse le connaître dans cette interview menée par Lucien Jean Baptiste :

Présidentielle 2017, “Programme de ré-émigration” qui consiste à renvoyer dans le pays de leurs parents, voire de leurs grands parents — pays dont ils n’ont peut être même jamais foulé les terres par ailleurs — des français trop foncés. Sur son site officiel, on peut même lire un article qui mets en lumière les “10 points sur les inégalités de QI entre les races humaines” …

Normal.
Comme ça, sans chaleur. Quelle fripouille !

Ce racisme assumé se manifeste dans la vie de tous les jours ; même si vous (qui avez la “chance” d’être blanc) ne vous en rendez pas compte. Et si vous en doutiez encore, je vous invite à voir cet extrait de complément d’enquête :

Je n’aime pas les Arabes. Je N’AIME PAS les Arabes. Alors fais gaffe à toi, hein !
– un employeur français

Sachez que ce type de propos ne sont pas isolés du tout.
Les doutes sont-ils levés ?

Sans justice vous n’aurez jamais la paix

Je me permets de revenir brièvement sur un évènement qui a particulièrement marqué l’année 2016 et qui m’a marqué tout autant car il s’est déroulé dans une ville limitrophe de celle dont je suis originaire, à Beaumont Sur Oise.

C’est en effet dans cette désormais tristement célèbre ville du Val d’Oise qu’a été commise l’effroyable bavure policière qui coutera la vie d’Adama Traoré le 19 juillet 2016.

Pour un rappel très succinct des faits, plusieurs policiers l’ont interpellé, faisant peser sur lui le poids cumulé de leurs cinq carcasses et le conduisant à une mort lente et douloureuse, depuis l’arrière d’une voiture jusqu’aux tréfonds de sa cellule de garde à vue.

Un jeu funeste s’en suit, tantôt mené par les policiers eux même prétextant qu’Adama jouait la comédie; tantôt mené par la justice elle même, inventant des prétextes fallacieux pour légitimer sa mort, allant jusqu’à mentir “officiellement” sur les circonstances du décès.

Aujourd’hui, la famille Traoré réclame justice et vérité et de nombreuses manifestations ont été organisées, avec notamment le soutien de nombreuses personnalités …

… en réponse à ces demandes et manifestations, deux des frères Traoré sont incarcérés et la maire de Beaumont Sur Oise porte plainte contre la famille.

Nous sommes en 2017, la police raciste tue avec le soutien des organismes judiciaires. Et sachant que lorsqu’un policier dénonce le racisme de l’intérieur il est mis au ban, je doute que les choses aillent en s’arrangeant.

C’est non sans nostalgie que l’on se souviendra du film “La haine” de Mathieu Kassovitz qui, en 1995, mettait déjà le doigt sur les bavures policières racistes.

Nous sommes en 2017, 22 ans plus tard, rien n’a vraiment changé.

Intérêts politiques et racisme viscéral

Il y a trois types de racisme, l’un entraînant l’autre. Après le racisme ordinaire et le racisme assumé, vient celui qui vous en ferait régurgiter jusqu’à votre dernière part de bûche aux trois chocolats.

En voici quelque exemples :

Mallence Bart Williams en parle très bien :

Face à ces histoires, je me dis que la politique a quelque chose d’insoupçonné, qui me dépasse. Mais disons qu’il s’agit là de politiques internationales dont les enjeux ne peuvent être compris par moi — ou plus largement peut être, par nous — simple(s) citoyen(s). Je ne m’aventurerai donc pas à les traiter ici, par manque de temps et/ou d’expertise.

Mais tout de même, puisque Jacques Chirac lui même le reconnaît …

… ça mérite qu’on y prête attention, non ?

Une situation pérenne qui dure, qui dure … jusqu’à quand ?

Quel choix donne-t-on à ces personnes puisqu’elles ne bénéficient pas des mêmes opportunités que nous pour une simple couleur de pigmentation ou de nom ? Qu’est ce qu’on attend donc d’elles ? Qu’elles acceptent ces rejets, ces discriminations, ces injustices, sans se plaindre, sans rien faire? Est-ce seulement possible ?

Le ferait-on nous même ?
Bien sûr que non.

Hypocrisie ou ignorance ambiante ?

Donc on fait les mecs “il faut aller de l’avant”, “il faut se battre” mais, en tant que blancs, on ne pourra jamais vraiment comprendre et se mettre à la place de ceux qui souffrent quotidiennement de ces exclusions. Même avec la meilleure des empathies, on ne pourra jamais ne serait-ce que l’appréhender un peu. Parfois, peut être, nous prenons part sans nous en rendre compte à ce jeu sordide.

Il serait temps de prendre ce problème à bras le corps. Parce qu’il ne faut pas se mentir, la vie en France est beaucoup plus simple quand on est blanc. Qu’on l’accepte ou non, c’est un fait. Qu’on le dénonce et qu’on agisse contre ce constat, c’est un choix.

L’éducation est la seule solution d’avenir viable

Selon moi, on ne naît pas raciste, on le devient. Et parmi les antiracisme, nous sommes a priori nombreux à le penser, Lilian Thuram ne dira d’ailleurs pas le contraire.

Alors de deux choses l’une, puisqu’on enseigne maintenant à l’école, dès les plus petites classes, à accepter l’homosexualité, la transexualité, pourquoi n’apprendrait-on pas aussi à accepter les différences d’épidermes ?

Et dans les classes d’Histoire, quand est-ce que nos livres seront remis au goût du jour ? Comment ne pas accepter l’histoire de tous les pays ? La France regroupe des tonnes d’origines, c’est ce qui fait la beauté de sa population. Parler seulement de l’histoire de la France, en omettant de parler de la liaison de la France avec ces pays revient à demander aux gens de renier toute une composante de leur culture.

Je me sens renoi, juif, blanc, rebeu et noi-chi ; je ne choisirai jamais la couleur de l’emoji
Nekfeu — “Réalité augmentée”

Cela dit, ces solutions n’auraient pas d’effet à court terme. Les clivages restent forts. La récente élection de Trump et la montée des actes racistes qu’elle a entraînée ne me rassure clairement pas. C’est maintenant qu’il faut faire quelque chose !

Bonne résolution de cette année : pointer du doigt le racisme inconscient, partout, tout le temps.

On parle beaucoup de diversité : “Le ministère s’engage pour la diversité” peut-on lire. Mais je crois que parler de diversité est un leurre, un enfumage. C’est un peu comme l’humilité ; celui qui se prétend humble perd dans la foulée toute sa prétendue humilité. Et qu’on ne me parle pas non plus de discrimination positive. Accepter la discrimination positive, c’est accepter la discrimination.

La solution ce n’est donc pas de prétendre que la diversité fait partie inhérente de notre vie puisqu’elle n’existe en fait que pour soutenir l’idée de division des “races”. Non, je crois qu’il faut punir sévèrement ceux qui tiennent des propos ou ont des comportements racistes. Mais comme on le dit, changer le monde commence par se changer soi même.

Et je crois en effet que chacun de nous, à son niveau, dispose des moyens pour que les choses changent. Il s’agit d’abord de prendre conscience de ses propres idées reçues et de s’efforcer de les combattre de manière systématique et farouche. Parce que dans ce combat, notre ennemi le plus fort, c’est nous même et les préjugés qui nous habitent.

Combattre ces idées reçues, c’est combattre le racisme inconscient, c’est fermer la porte laissée entrouverte au racisme assumé… et, je l’espère, ouvrir l’espoir qu’un jour on puisse tirer un trait sur toutes les formes de racisme.

À l’instar de Martin Luther King, j’ai fait un rêve moi aussi.
Je rêve que ce travail que nous faisons sur nous mêmes soit transmis aux plus jeunes, à nos petits frères, à nos enfants ; Que nous cultivions ces graines d’Homme dans la conscience que sous nos pieds, nos racines se nourrissent de la même terre ; Que nous arrosions leurs consciences d’empathie pour que s’étendent en eux les branches de la solidarité ; Que nous les illuminions pour qu’en leurs sein fleurisse une tolérance bienveillante ; Que nous réchauffions leurs coeurs pour que s’épanouissent les pétales des fleurs de l’ouverture. Et un jour, peut être, alors le fait d’avoir la peau blanche, noire, jaune ou peu importe, aura autant d’importance qu’avoir les cheveux blond, brun… whatever.

Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots.
Martin Luther King


Pour creuser davantage…

Si vous êtes sensible à toutes ces questions, je vous recommande :

Le cauchemar humanitaire” : un livre écrit par James Orbinski, ancien directeur de Médecins Sans Frontière nous raconte sans détour le quotidien d’une ONG Humanitaire sur le terrain et dans ses déboires administratifs et législatifs, ses dilemmes entre lois et éthique.

13th” : Un documentaire réalisé par Ava DuVernay, disponible sur Netflix, qui retrace l’évolution du racisme aux US ; depuis l’importation des premiers esclaves jusqu’à l’évolution du traitement des noirs en Amérique depuis le 13ème amendement, celui qui met “fin” à l’esclavagisme.

Le racisme inconscient est un échange, débat, très intéressant sur la question du racisme, sa naissance jusqu’à son ignorance aujourd’hui.

Secret d’état” (Kill the messenger) : biopic sur Gary Webb, le journaliste qui a mis en évidence l’implication de la CIA dans l’import et la diffusion de drogues dans les ghettos noirs américains. Retrouvé mort en décembre 2004, suicidé de deux balles dans la tête.

Ou encore les films “Beast of a nation”, “les larmes du soleil”, “le dernier roi d’Écosse

Et pléthore d’autres documents que je serai ravi de partager avec qui me le demandera. Si vous en connaissez d’autres d’ailleurs, je suis preneur 🙂

“Je vois bien ces questions ne nous mènent à rien
L’humanité est colorée donc, soyons daltoniens.”
Gaël Faye — “Métis”

Avant de conclure, je ne résiste pas à l’envie de partager avec ceux qui ne le connaîtraient pas encore ce clip du chanteur et poète Kery James. Dans sa “Lettre à la République” il raconte avec brio le sujet qui nous intéresse ; et il le fait tellement bien …

Pour clôturer cette publication, enfin, je vous souhaite une excellente année 2017. Je vous souhaite qu’elle soit pleine de bonheur, de réussite et d’harmonie. Je vous invite à vous ouvrir aux autres et à leur histoire, en vous souhaitant de belles rencontres…


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